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Tit-Dol, c'était mon grand-père. Il avait été cultivateur à Sainte-Marguerite-de-Cortonne. Quand j'allais le voir, il racontait des histoires, des anecdotes du pays, des bouts de sa vie. Quand j'ai commencé à raconter devant public, à exercer le difficile métier qu'on appelle "conteur", j'ai ressorti les livres des contes de la Mauricie collectés par le professeur Clément Legaré. J' ai ouvert ces livres pour aller chercher ma matière à raconter. Je me suis toujours dit que si le professeur Legaré avait pris la peine d'aller collecter ces contes là, ils devaient être assez intéressants pour être racontés. Puis un jour, je me suis souvenu que mon grand-père racontait des histoires lui aussi. J'ai fait un effort de mémoire, j' ai retrouvé les histoires de celui que j'appelais "pépère" et je me suis mis à les raconter. Les histoires à Tit-Dol ont été bien accueillis par le public. On m'a même demandé de faire un spectacle qu'avec les histoires à Tit-Dol. Le spectacle s'appelle "Les histoires à Tit-Dol". Mais cette page n'existe pas seulement pour annoncer le spectacle"Les histoires à Tit-Dol". Si le professeur Legaré a pu collecter quelques 300 contes, 150 chansons et 120 légendes, il reste encore une bonne partie du patrimoine culturel oral mauricien qui n'a jamais été sauvegardée. C'est dans l'idée de faire une tentative de sauvegarde de mémoire d'homme, d'empêcher qu'un autre morceau d'oralité soit emporté par l'oubli que j'ai décidé de mettre en écrit "les histoires de mon grand-père Tit-Dol". Aux histoires que me racontait mon grand-père, j'ai ajouté quelques anecdotes qui se sont déroulées dans le petit monde à Tit-Dol. Une fois écrites, "les histoires à Tit-Dol", il fallait qu'elles soient mises sur un support disponible pour ceux qui auraient envie de les lire. Ma première idée a été l'édition d'un livre des histoires à Tit-Dol. Mais l'édition, c'est compliqué, il faut trouver un éditeur et puis, il faut être un bon écrivain. Après, j'ai pensé à ce médium du vingt-et-unième siècle où tout le monde peut s'exprimer librement, l'internet. Les histoires à Tit-Dol sont momentanément sauvées, tant que le site du Beau Sauvage sera en ligne. Après, on verra, on en fera peut-être un livre d'ici-là. L'avantage, c'est que cet ouvrage mise en ligne pourra continuer à évoluer, les bouts mals écrits peuvent être réécrits, ce qui n'est pas vraiment intéressant pourra être enlevé et il me viendra peut-être d'autres souvenirs des racontages de mon grand-père qui pourront être ajoutés. Ainsi, amis lecteurs (et amies lectrices) n'hésitez pas à faire vos commentaire, vos critiques de mon petit ouvrage sans prétention qui ne pourra que s'amélioré avec vos bonnes suggestions. Vous trouverez le lien courriel sur cette page. Merci.
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Alain Ayme, originaire
de la Mauricie, ancien élève de Clément Legaré
et maintenant conteur, propose à son public quelques-uns de ces contes
issus de son pays de bûcherons et de cultivateurs. Avec un répertoire
d'une vingtaine de contes, il présente plusieurs spectacles différents
dont "Les histoires à Tit-Dol". |
| courriel : contact@beausauvage.com |
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Les histoires à Tit-Dol
Mon grand-père s'appelait Adolphe mais tout le monde dans Sainte-Marguerite-de- Cortonne l'appelait Tit-Dol. Mon grand-père Tit-Dol m'a raconté des histoires. J'ai d'abord été fier de raconter ces histoires sur scène, devant public, dans ma position de conteur. J'ose maintenant franchir le pas qui nous fait passer de l'oral à l'écrit pour faire un peu comme Clément Legaré et sauvegarder quelques histoires de mon grand-père qui ont eu, pour moi, du sens dans mon enfance et mon adolescence. Cet ouvrage n'est qu'à moitié un ouvrage de collectage. Ce n'est pas la parole de mon grand-père que vous allez pouvoir lire, comme Clément Legaré à su mettre en écrit la parole des vieux conteurs de la Mauricie, mais la parole d'un conteur qui se souvient des histoires de son grand-père. Pour, quand même, rester dans le genre « collectage », les histoires sont écrites comme je les raconte, oralement.
Une fois, c'était deux enfants de cultivateur,
le petit frère pis sa grande soeur, qui s'amusaient pas loin de
la ferme par un bel après-midi d'été. Quand est arrivé
proche cinq heure, le petit gars a décidé de grimper à
un arbre. Il a choisi l'arbre le plus haut, pis il s'est mis a grimper.
A force de grimper pis de grimper, il s'est retrouvé au sommet
de l'arbre. Quand il est arrivé au sommet de l'arbre, il s'est
arrêté de grimper. Il s'est mis respirer fort, l'air était
ben meilleure en haut qu'en bas. Pis d'en haut, du sommet de son arbre,
il pouvait en voir des belles affaires, le champs de foins que son père
était en train de faucher, le petit bocage, la grande terre à
bois, il pouvait même voir la ferme à Lacerte, il pouvait
même distinguer, tout au fond de l'horizon, les vieilles forges
du Saint-Maurice. Quand il est arrivé cinq heure tapant, il a entendu
sa mère qui les appelait, lui pis sa soeur, pour souper. La grande
soeur a dit à son petit frère qu'il fallait qu'il descendre
pour aller souper. Le petit frère se trouvait tellement bien au
sommet de l'arbre, il se régalait tellement de la belle vue qu'il
avait qu'il voulait plus descendre même pour aller souper. La grande
soeur a essayé d'user de son autorité d'aînée,
elle s'est fâchée, a ordonné au petit frère
de descendre. Le petit gars se trouvait bien en haut, il voulait pas descendre.
La petite soeur a dit : « Attends, je vais aller le dire à
moman. Elle, elle va te faire descendre. » A l'époque de mon grand-père, la tradition catholique était très forte au Québec. Le curé représentait l'autorité de la paroisse et son ministère allait au-delà des affaires spirituelles. Dans cette histoire, l'amguïté du rôle et des moyens du curé, reliés à l'ambiguïté du signe vu de loin nous donne la chute: « Là, tu descends de l'arbre, sinon, on coupe l'arbre. » Le curé de la paroisse Sainte-Marguerite, le curé Chamberland, le « curé bâtisseur » comme on l'appelait parce qu'il avait aidé plusieurs habitants à construire leurs maisons et même leurs bâtiments agricoles, était le cousin germain de grand-père Tit-Dol. Avec son grand titre de « curé bâtisseur », le curé Chamberland avait une grande notoriété dans Sainte-Marguerite et certains paroissiens le considéraient presque comme un saint de son vivant. Mais Tit-Dol, qui le connaissait depuis qu'ils étaient tout petits et qui avait fait les quatre cents coups avec lui, le considérait comme rien d'autre que son cousin. Il se gênait pas pour le critiquer parce qu'il faisait toujours payer les bancs à l'église et qu'il ne savait rien dire de mieux aux pauvres que : « Priez, le bon Dieu vous aidera ». A cause de ce manque de respect envers le presque saint homme qu'il était, le curé Chamberland avait une grosse dent contre le cousin Tit-Dol. Il ne se gênait pas, de son côté, de toujours annoncer publiquement, les manquements de son cousin à ses devoirs de bon catholique. C'est comme ça qu'un bon dimanche matin, il a proclamé en pleine chaire le manque de moralité de mon grand-père parce qu'il permettait à ses filles de porter le pantalon quand elles allaient travailler au champ. Le lundi matin suivant, grand-père Tit-Dol est allé voir le curé Chaberland au presbytère pour lui annoncer qu'il ne remettrait plus jamais les pied dans son église. C'est depuis ce jour là qu'on a pris l'habitude de voir, tous les dimanches matins, Tit-Dol travailler sur sa terre au lieu d'aller à l'église faire son devoir de bon catholique.
Une fois, c'était un fils de cultivateur qui s'intéressait
à une fille de cultivateur. Un bon soir, le jeune homme s'en va
veiller chez les parents de la fille. La jeune fille trouvait le jeune
homme bien charmant, il était beau garçon. La mère
trouvait que c'était un petit gars bien convenable, poli et pis
bien avenant. Le père..........., l'histoire ne le dit pas pourquoi,
mais ce gars là, il ne l'aimait pas. Ils ont veillé, parle,
parle, jase,jase comme on dit en Mauricie, ça veux dire qu'ils
ont discuté toute la soirée jusqu'à minuit. A minuit,
avant de partir, le jeune homme a annoncé qu'il allait revenir
le lendemain. Tit-Dol, c'était un conservateur. C'était
un de ses gros défauts. Il avait connu Maurice Duplessis à
l'époque où ce dernier se présentait comme député
du compté de Trois-Rivières. Tit-Dol allait tout le temps
aux réunions politiques de Duplessis qui se tenaient chez le bonhomme
Felbert. Contrairement à beaucoup de conservateurs, Tit-Dol,
s'était un vrai conservateur. Il a toujours refusé ce que
l'on appelle « le progrès » même quand
ça aurait pu l'arranger. Il a toujours refusé d'employer
les engrais chimiques ou la grosse machinerie agricole. Il a jamais compris
pourquoi il fallait faire plus quand on avait assez. Les mots que j'ai
entendus de la bouche de Tit-Dol, aujourd'hui, je les entends de la bouche
des écologistes ou des grands philosophes. Le respect de le terre,
la simplicité volontaire qu'on appelle en France « la
décroissance », c'est des affaires que Tit-Dol pratiquait
déjà sans le savoir. La prochaine histoire, mon grand-père me l'avait un fois racontée alors que j'étais avec un copain, j'avais seize ans. Nous avions un trajet de course à pied qui passait devant chez mon grand-père. Nous nous y arrêtions pour boire un coup en milieu de parcours. Par un bel après-midi d'été, nous nous y étions arrêtés et pendent que nous buvions les grands verres d'eau amenés par la grand-mère Rose, Tit-Dol nous a raconté cette histoire.
Une fois, c'était un cultivateur qui était en train de faire sa clôture par un bel après-midi d'été, c'était la fin de l'après-midi. Le cultivateur avait planté tous ses piquets en terre pis là, avec son marteau pis des clous, il taquait des planches de travers pour fermer sa clôture. Il était en train de planter un clou pour faire tenir une planche au piquet quand, tout d'un coup, il a entendu un grand bruit au-dessus de lui, ça faisait BIIZZZZIIZZZIIIZZZZ. Le cultivateur a regardé en l'air et là, il a aperçu la plus grosse maringouinaille qu'il avait jamais vue. Une maringouinaille, c'est un nuage de maringouins. Un maringouin, c'est ce que l'on appelle dans les vieux pays : un moustique. Mais dans ce temps là en Mauricie, c'était pas des moustiques comme icitte aujourd'hui. C'était des maringouins gros comme le pouce avec des lancettes en stanley steel. Non seulement, c'était la plus grosse maringouinaille que le cultivateur avait jamais vu mais la maringouinaille se dirigeait dret sur lui, toutes les lancettes en stanley steel pointées dans sa direction. L' habitant a calculé son affaire, il s'est vite rendu compte qu'il n'aurait pas le temps de courir jusqu'à la maison. Au quatrième piquets à partir de celui où il se trouvait, le cultivateur a aperçu une marmite en cuivre qu'il avait mis là parce que sa femme en voulait plus parce qu'il lui manquait une patte. Mais à part la patte manquante, la marmite était ni percée ni fendue. L'habitant s'est mis à courir vers la marmite, la maringouinaille à ses trousses. Arrivé proche de la marmite, il a slydé comme un joueur de base-ball, il a accroché le rebord de la marmite avec sa main gauche et se l'ai rabattu sur le corps. L'habitant s'est racotillé ben petit en chien de fusil en dessous de la marmite et il a entendu : bing, bang, beding, bedang, cling, clang. Ca, c'était tous les maringouins qui ammarmitaient. Ammarmiter, c'est comme atterrir mais sur une marmite. Bing, bang, beding, bedang...............clang. Quand les maringouins ont été tous ammarmités, ils se sont mis à s'aiguiser les lancettes, une sur la lancette de l'autre et quand toutes les lancettes ont été ben pointues, ils se sont mis à percer la marmite en cuivre pour aller sucer le sang de l'habitant qui était caché en dessous. Le cultivateur se racotillait ben petit pour pas être piqué par les lancettes et plus il se racotillait, plus il sentait quelque chose de dur dans son ventre. C'était son marteau, il avait gardé son marteau avec lui. Ca lui a donné une idée. Avec son marteau, l'habitant s'est mis à river toutes les lancettes après la marmite. Quand toutes les lancettes ont été rivées, les maringouins ont compris qu'ils pourraient pas sucer le sang de l'habitant, ils ont décidé de partir. Mais comme ils avaient toutes les lancettes rivées après la marmite, ils sont partis mais ils ont amené avec eux-autres, la marmite. L'habitant s'est retrouvé caché en-dessous de rien parce qu'il a vu la marmite s'élever l'air. Le cultivateur a suivi la marmite des yeux jusqu'à ce que ça devienne un petit point cuivre dans le ciel. Cette affaire là, ça été aperçu un peu partout dans la Mauricie. Ca été le premier cas d'ovni déclaré dans la Mauricie et si les maringouins sont pas tous morts, la marmite, elle vole encore, merci. Elle était bien l'histoire de ton grand père m'avait dit mon copain sur le chemin du retour. Evidemment, il ne l'avait pas raconté comme elle est écrite dans ce recueil, c'est moi qui la raconte comme ça. Ce jour là, j'étais fier de mon grand-père, heureux qu'il nous ai raconté cette histoire par un bel après-midi de l'été de mes seize ans. Je classerais cette histoire dans le genre fantastique avec les attributs qui s'y rattachent, la menace, le suspens, une fuite et un combat, une victoire accordée à l'intelligence humaine et une fin inattendue. Quand j'étais petit, les habitants de la Mauricie
faisait ce qu'ils appelaient « du vin de bibites »
Je n'ai jamais su ce qu'était exactement « le vin de
bibites » je n'ai connu que la version de mon grand-père.
« Du vin de bibites », qu'il disait, « c'est
fait avec des bibites ». Des bibites, ça voulait dire
des maringouins. Les maringouins, en Mauricie, les soirs d'été,
c'en est plein, on arrête pas de se taper dessus pour en tuer. Mon
grand-père disait : « Il faut prendre un grand sac,
comme les sacs à patates, à chaque fois qu'on tue un maringouin,
on le met dedans. Quand le sac est ben plein de maringouins écrasés,
là on peut faire une bonne cuvée de vin de bibites. Une fois, c'était un cultivateur qui se promenait
à pied sur le chemin. Il se prenait un petit rest, comme on dit,
une petite pose, il venait de finir ses foins.. Il aperçoit un
autre habitant avec son cheval attelé à une charrette au
ras d'un champ de foin qu'il venait de faucher. La charrette était
rempli de foin, le cultivateur était paré à partir
mais le cheval voulait pas avancer. Le cultivateur avait un rondin dans
les mains. À grands coups, il vargeait pis il fessait sur son cheval
pour le faire avancer. L'autre, celui qui se promenait à pied,
s'est dit en lui même : « Pauvre bête, ça
a pas de bon sens de maltraiter un cheval de même. » Tit-Dol, à ce qu'on en a dit, était un homme bon avec les animaux. Il était très doux avec son cheval Noirot et toutes les bêtes qu'il a pu avoir. Je me souviens avec quelle douceur il traitait les chiens. Il disait qu'il ne fallait jamais « sacrer après un cheval » ( parler à un cheval en jurant). Il ne se gênait pas pour prendre la défense de bêtes maltraitées et ça lui a même arrivé de prendre leur revanche. Un jour Tit-Dol est arrivé dans l'écurie
d'un cultivateur de Sainte-Marguerite,Tit-Gus Betty. Tit-Gus Betty avait
un jeune ouvrier qui se dénomait « Maurice ».
Au moment où Tit-Dol arrivait à l'écurie, notre Maurice
en question était en train de sortir les chevaux. Il criait après
les chevaux en sacrant par tous les jurons qu'il connaissait pis il leur
piquait les fesses avec une fourche pour les faire avancer plus vite.
Ce jour là notre dénommé Maurice a connu qu'est-ce
c'était que d'avoir affaire à mon grand-père dans
toute sa colère. Comme on dit à Trois-Rivières, il
s'est retrouvé ben petit dans ses culottes.
Le concours du plus lâche Une fois c'était un cultivateur qui avait une belle fille, un beau morceau de créature comme disait Tit-Dol. Il y avait trois fils de cultivateurs qui venait souvent pour la courtiser. Un bon jour que les trois gars étaient là en même temps, le père y eux a déclaré : « Ecoutez les gars, ma fille, je vais la donner au plus lâche, au plus paresseux d'entre vous autres. » Le père a tracé une ligne à terre avec le bout de son pied. Il est parti de la ligne, il a marché dix pas. Chaque pas faisait un pied, dix pas, ça faisait dix pieds. Il a tracé une deuxième ligne à terre avec le bout de son pied. Il a fait installer les gars à une ligne. A l'autre ligne, il a déposé trois billets de dix piastres. Il y eux a dit : « Celui qui viendra chercher son dix piastres de la manière la plus lâche, la plus paresseuse, c'est lui qui aura ma fille. Le premier est parti en rampant sur le ventre pour aller chercher son dix piastres. Le deuxième est parti en rampant aussi mais pas aussi vite que le premier. C'était juste pour avancer pis il se plaignait de l'effort que ça lui demandait. Il s'agrippait après les touffes d'herbe pour s'aider à avancer. Il s'arrêtait de temps en temps pour se reposer. Ca lui a pris une grosse demi-heure pour faire ses dix pieds. Les troisième était couché à côte de ligne, il a dit : « Ha monsieur, vous pouvez garder votre dix piastres, j'ai pas le courage d'aller le chercher. » Ben c'est lui qui a pu épouser la jeune fille. Ils se sont installés dans une petite campagne de la Mauricie pis si ils sont pas morts c'est qu'ils vivent encore, merci. Dans le temps de mon grand-père, à Trois-Rivières et ses environs comme dans toute la Mauricie, c'était important d'être vaillant au travail. On respectait les hommes forts et durs à l'ouvrage. A l'époque, les métiers qui demandaient de l'instruction, ce n'était pas pour les habitants de la campagne et le monde des affaires était fermé aux canadiens français. Un bon canayen, comme aurait dit Tit-Dol, devait avoir du muscle dans le bras et du courage dans le coeur. La vie devait se gagner à la sueur de son front. L'habitant qui aurait cherché à gagner de l'argent facilement aurait été mal vu de ses compatriotes. La notion d'argent facile et de paresse, voir de lâcheté, étaient intimement liées. Dans notre histoire, cet habitant qui a la comique idée de donner sa fille au garçon le plus lâche, le plus paresseux leur propose comme épreuve d'aller chercher un billet en faisant le moins d'effort possible et il donne sa fille à celui qui renonce à l'agent. Mon grands-père avait deux cousines de Montréal
qui venaient le visiter une ou deux fois par année. Elles venaient
voir Tit-Dol dans le petit village de Trois-Rivières comme elles
disaient. Elles venaient en automobile. A l'époque, il y avait
très peu d'automobiles à Trois-Rivières. Tit-Dol
espérait ne jamais en avoir, il préférait rester
avec Noirot. Noirot, c'était son cheval. Il l'avait appelé
« Noirot » parce qu'il était tout noir.
Mon grand-père Tit-Dol me parlait souvent du temps
où il travaillait aux glaces au lac à Millet. Quand il commençait
à me raconter les glaces au lac à Millet, je savais qu'allait
suivre la légende de Pierre Coriveau. En Mauricie, les cultivateurs
travaillaient la terre l'été, l'hiver, la terre était
gelée. Pour l'hiver, certains montaient en haute Mauricie pour
faire les chantiers de bûcheronnage. Tit-Dol, lui, il allait faire
les glaces au lac à Millet pour approvisionner les glacières
en été de tout Trois-Rivières et des environs. Quand
mon grand-père était plus jeune que ce que l'ai connu, il
habitait sur le chemin Sainte-Marguerite, à Sainte-Marguerite-de-Cortonne.
Le lac à Millet, à l'époque où il n'y avait
pas encore le boulevard des Récollets, se trouvait juste au bout
du chemin Sainte-Marguerite. Le soir, parce que les glaces se faisait
la nuit, mon grand père s'habillait ben chaudement pis partait,
à pied, vers le lac. Il en avait pour dix à quinze minutes
de marche. Arrivé au lac, il montait dans une petite embarcation,
avec un partner. Ils coupaient les blocs de glace et à deux hommes,
avec des grandes pinces, ils sortaient les glaces de l'eau pour les mettre
dans l'embarcation et les amener sur la rive. Deux hommes les reprenaient
pour les mettre dans une charrette et les amener dans une grange où
elles étaient entreposée dans le foin. Les nuit d'hiver,
le lac à Millet était rempli de petites embarcations avec
deux hommes. Mais il y avait une embarcation avec un seul homme, Pierre
Coriveau. Pierre Coriveau, lui, il sortait les blocs tout seul. Le seul,
avec, Pierre Coriveau, à avoir été capable de sortir
les glaces du lac à Millet tout seul, c'était le maire de
Sainte-Marguerite-de-Cortonne. Mais en seulement, le maire de Sainte-Marguerite,
lui, il commençait par enfoncer le bloc dans l'eau pour se servir
de la poussée de l'eau pour l'aider à le sortir. Pierre
Coriveau, il s'aidait de rien pan-toute, il te prenait le bloc avec les
pinces pis il te le levait carré pour le mettre au fond de l'embarcation. Le lac à Millet, c'est le petit lac qui se trouve juste en bas du pavillon Michel Sarazin de l' Université du Québec à Trois-Rivières. J'imagine qu'autrefois, il devait être plus grand que ce qu'il est aujourd'hui. Quand j'allais à l'Université pour suivre les cours du professeur Legaré, je passais tout le temps devant le lac sans savoir qu'il y aurait un jour un lien entre la légende de Pierre Coriveau qui prenait les blocs de glace tout seul et ce professeur qui allait déclencher, chez moi, cette envie de raconter les légendes à Tit-Dol. Pour la course des hommes forts à Trois-Rivières, j'en ai jamais entendu parler par d'autres que mon grand-père mais si Tit-Dol le racontait, c'est que ça devait être vrai. En tous cas ça fait une bonne histoire qui donne à réfléchir sur le sens des gloires de la victoire. Pierre Coriveau , sans conteste dans la parole de Tit-Dol, l'homme le plus fort de tout Trois-Rivières et ses environs est comparé à un autre homme fort, le maire de Sainte-Marguerite-de-Cortonne. Ce dernier n'est pas aussi fort que Pierre Coriveau mais réussi à le paraître. Dans la première épreuve qui consiste à sortir les blocs de glace des eaux du lac à Millet, il utilise la poussée d'Archimède pour réussir l'exploit. Si cette ruse est visible de quelques uns, comme mon grand-père Tit-Dol, beaucoup d'autres ont pu être dupes et croire que le maire était aussi fort que Pierre Coriveau, qui lui, n'utilise pas la poussée de l'eau. Dans la deuxième épreuve, la valeur de la force est rattachée à la récompense. La ceinture fléchée devient un signe pour identifier l'homme le plus fort de Trois-Rivières et ses environs. Pierre Coriveau renonce à s'identifier comme l'homme le plus fort par ce signe parce qu'étant donné sa situation d'homme pauvre avec une grosse famille à nourrir, la petite somme d'argent en deuxième prix lui est plus intéressante. Aussi le déroulement de la course des hommes forts lui laisse comprendre sa supériorité vis à vis des autres candidats et il renonce au signifiant sachant qu'il est le signifié. Le maire est un homme riche, la petite somme d'argent n'a aucun intérêt pour lui et il est content de s'approprier le signe de l'homme le plus fort même ou parce qu'il n'est pas le signifié. Il y a donc une discordance entre le signifiant et le signifié, et l'objet signifiant a plus de valeur au yeux du non-signifié qu'au yeux du signifié, comme dirait le professeur Legaré. Je me souviens que parfois mon oncle Noël faisait équipe avec Tit-Dol pour raconter. Ensemble, il m'avaient raconté l'histoire de cet homme (dont j'ai oublié le nom) qui ne reculait jamais. Un jour, sa chemise s'est prise à un barbelé, au lieu de reculer d'un pas pour se décrocher, il a continué a avancer et il a déchiré sa chemise. Un autre jour, il y avait un boeuf sur son chemin. Au lieu de reculer d'un pas pour contourner le boeuf, il s'est mis a pousser le boeuf. Le boeuf s'est mis a pousser aussi mais le bonhomme était tellement orgueilleux dans sa résolution de ne jamais reculer qu'il n'a pas laissé le boeuf le faire reculer et c'est lui qui a fini pas avoir raison. Le boeuf s'est mis sur le côté et le bonhomme a continué son chemin en avançant toujours. Le bonhomme Charpentier et ses sept fils Tit-Dol et Noël me racontait aussi les anecdotes du bonhomme Charpentier et ses sept fils. Le bonhomme Charpentier avait sept fils et il avait su les élever sans jamais se laisser déborder. Il savait se faire écouter, le bonhomme Charpentier. Si il disait blanc, ses sept fils disaient blanc. Si il disait noir, ses sept fils disaient noir. Ces garçons là, c'étaient drillés quasiment comme à l'armée. Mais en seulement, le bonhomme Charpentier n' avait pas besoin de siflet comme les sergents de l'armée Canadienne, il avait juste à lâcher un « wak », les sept gars arrivaient ben droits sur le qui-vive : «Oui Pôpa ». Une fois, le bonhomme Charpentier avait demandé à ses fils de mettre du caltor (du goudron) sur le toit (c'est comme ça qu'on faisait l'étanchéité des toits). On étendait le caltor avec des gros rouleaux à peinture. Les sept gars ont pris l'échelle, le seaux de caltor pis les rouleaux à peinture. Ils sont tous montés sur le toit pis ils ont commencé à caltorer. Mais en seulement, au lieu de commencer à étendre par le milieu pour s'en venir sur les bords pour pouvoir redescendre à la fin, les fils Charpentier avaient commencé par les bords pour aller vers le milieu. Rendu au milieu, ils se sont retrouvé pris, entourés par le caltor, plus moyen de descendre du toit. Il y en a un qui s'est essayé à s'aventurer tranquillement sur le caltor. Il est parti en glissade pour tomber du toit, les habits plein de caltor. Il y en a un deuxième qui a essayé de faire mieux. Pareil, il s'est retrouvé en bas du toit, le habit plein de caltor. Les cinq autres ont pas fait mieux, les sept garçons se sont retrouvés caltorés de la tête au pied. Le bonhomme Charpentier était en colère, il a dit à ses fils : « Si vous êtes pas plus intelligents que ça ben vous allez rester toutes la journée dans vos habits plein de caltor. » Les garçons ont pas pu se changer, ils sont restés toute la journée avec le caltor. C'était la journée la plus chaude de l'été, il devait faire cent degrés faraneight. L'oncle Noël finissait toujours l'histoire en disant : « Il était dur, quand même, le bonhomme Charpentier. » Il y avait aussi la fois où le bonhomme Charpentier avait surpris ses fils après fumer. « J'vas vous passer le goût de fumer » qu'il leur avait déclaré. Il les a obligé à fumer tout un gros paquet de cigare. Ils ont été malades à passer par toutes les couleurs et l'histoire dit qu'ils ont plus jamais fumé de leur vie, aucun des sept. Il était dur, quand même, le bonhomme Charpentier.
Joe Janvier Souvent aussi l'oncle et le grand-père discutaient
d'une figure de légende qui ne manquait pas de m'intéresser,
Joe Janvier, mon arrière grand-père. Ils parlaient du vieux
Joe et du sauvage. Mon arrière-grand-père était un
homme hors du commun à Sainte-Marguerite-de-Cortonne. Il avait
travaillé plusieurs années aux Etats-Unis et parlait l'anglais
couramment. De plus, il savait lire, écrire et compter, ce qui
faisait de lui, avec son bilinguisme, l'homme le plus instruit de Sainte-Marguerite-de
Cortonne. C'était aussi l'homme le plus rude de Sainte-Marguerite.
Il n'allait jamais chez le dentiste, il s'arrachait les dents tout seul.
« Quand il y en avait une qui lui faisait mal »
racontait le grand-père, « il se rinçait
la gueule au gros gin, il prenait la vieille paire de pince sur la tablette
au-dessus du poêle, en se regardant la gueule ouverte dans le miroir
accroché à même la tablette, il te lâchait trois
ou quatre sacres après la dent « pourrite »
pis se rentrait la pince dans la gueule pour aller la chercher. Il tirait
un grand coup. « Tient, ma maudite, tu me feras pus mal ».
Il était aussi capable de mettre une rouste à chacun des
hommes du village sans avoir besoin d'enlever sa pipe. Un jour, en se
promenant sur ses terres (il avait beaucoup de terres autour de Sainte-Marguerite),
Joe a rencontré un sauvage qui avait installé son tippie.
L'arrière-grand-père, loin d'être choqué d'avoir
trouvé le sauvage installé sur ses terres, lui a proposé
se s'installer, avec sa femme, dans sa cabane à sucre qui était
pas loin, « Ce sera plus confortable. » Le sauvage
a accepté et une grande amitié s'est développée
entre les deux hommes. Depuis, on ne voyait plus le vieux Joe sans le
sauvage. Ils étaient toujours partis chasser ou trapper ensemble.
A cette époque, en Mauricie, les sauvages étaient admirés
pour leur sagesse et leur grande connaissance de la nature. Cette alliance
avec le sauvage avait augmenté, renforcé la notoriété
du vieux Joe. Joe Janvier et le sauvage était le duo le plus respecté
de tout Trois-Rivières et ses environs. La femme à Joe Janvier Mon arrière-grand-père Joe, comme la majorité des hommes de Sainte-Marguerite- de-Cortonne de cette époque avait l'habitude de boire plus qu'à son tour. C'était pas rare qu'il arrivait à la maison ......... « saoul comme un cochon » comme disait l' arrière-grand-mère. C'est arrivé plus d'une nuit d'été, que l'arrière-grand-mère a pas laissé rentrer le pépère Joe, « les cochons, ça dort dehors » qu'elle disait . Mais l'arrière-grand-mère qui se permettait tant de critiquer la conduite de son mari pratiquait le même vice que lui mais en cachette. Certaines de ses petites-filles savaient bien qu'elle cachait des grosses bouteilles de « Black Horse », la bière du pays à l'époque, entre les deux matelas de son lit. Elle attendait que Joe soit partie au champ ou au bois pour s'envoyer en arrière de la cravate une bonne grosse « Black Horse ». L'arrière-grand-mère avait l'habitude de se limiter dans sa consommation de bière mais un jour, l'histoire ne dit pas pourquoi, elle a bu beaucoup plus qu'à son habitude. Quand Joe est rentré à la maison, il a vu sa femme étendue par terre de tout son long et bien mal en point. Joe n' a pas hésité, il est tout de suite parti chercher le docteur. Quand le docteur de Sainte-Marguerite a eu fini d'examiner la bonne-femme Janvier, il est allé voir l'arrière-grand-père pour y dire : « Inquiète toé pas, mon Joe, ta femme est juste saoule. » Joe Janvier a jamais eu tant ri de sa vie. Il a compris que pour critiquer un cochon, ça prenait juste une truie. La veuve Paillé qui ne voulait pas se remarier Du côté de ma grand-mère Rose, la femme de Tit-Dol, il y avait l'arrière-grand-mère Paillé. L'arrière-grand-mère s'était retrouvée veuve alors qu'elle était encore dans la force de l'âge. Et de la force, la grand-mère Paillé, elle en avait. La légende dit qu'elle pouvait faire n'importe quel travail d'homme aussi bien qu'un homme. La légende dit aussi, qu'elle fumait la pipe comme un homme. Elle habitait en haut de la côte du presbytère à Sainte-Marguerite-de-Cortonne. Elle avait peut-être décidé qu'elle ne pourrait plus vivre un aussi grand bonheur qu'avec son défunt mari ou qu'elle ne voulait plus vivre un aussi grand malheur, la légende ne le précise pas, tout ce que la légende dit, c'est qu'elle avait décidé de ne plus jamais se remarier. La grand-mère Paillé était restée jolie femme et son défunt mari lui avait laissé une somme d'argent assez conséquente. Plusieurs hommes, de Sainte-Marguerite-de-Cortonne, intéressés, eux, de se remarier ou de se marier tout simplement étaient allés faire leurs avances à la veuve Paillé. L'arrière-grand-mère avait dû inventer le « body slam » bien avant les lutteurs de la « lutte grand-prix » parce que l'histoire dit que plus d'un ont fait l'expérience de descendre la côte du presbytère tête première. Le bonhomme Covion
Et c'est comme ça que je terminerais ce recueil des histoires, légendes et anecdotes de mon grand-père Tit-Dol.
Certaines personnes ne tiennent ni aux preuves de reconnaissances
de leur vivant (comme Pierre Coriveau et la ceinture fléchée)
ni aux traces laissées après leur mort (comme Joe qui ne
voulait pas que le chemin porte son nom). Ce sont des gens simples qui
ne veulent que prendre leur place en ce monde le temps d'une existence.
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