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Tit-Dol, c'était mon grand-père. Il avait été cultivateur à Sainte-Marguerite-de-Cortonne. Quand j'allais le voir, il racontait des histoires, des anecdotes du pays, des bouts de sa vie.

Quand j'ai commencé à raconter devant public, à exercer le difficile métier qu'on appelle "conteur", j'ai ressorti les livres des contes de la Mauricie collectés par le professeur Clément Legaré. J' ai ouvert ces livres pour aller chercher ma matière à raconter. Je me suis toujours dit que si le professeur Legaré avait pris la peine d'aller collecter ces contes là, ils devaient être assez intéressants pour être racontés.

Puis un jour, je me suis souvenu que mon grand-père racontait des histoires lui aussi. J'ai fait un effort de mémoire, j' ai retrouvé les histoires de celui que j'appelais "pépère" et je me suis mis à les raconter. Les histoires à Tit-Dol ont été bien accueillis par le public. On m'a même demandé de faire un spectacle qu'avec les histoires à Tit-Dol. Le spectacle s'appelle "Les histoires à Tit-Dol".

Mais cette page n'existe pas seulement pour annoncer le spectacle"Les histoires à Tit-Dol".

Si le professeur Legaré a pu collecter quelques 300 contes, 150 chansons et 120 légendes, il reste encore une bonne partie du patrimoine culturel oral mauricien qui n'a jamais été sauvegardée. C'est dans l'idée de faire une tentative de sauvegarde de mémoire d'homme, d'empêcher qu'un autre morceau d'oralité soit emporté par l'oubli que j'ai décidé de mettre en écrit "les histoires de mon grand-père Tit-Dol". Aux histoires que me racontait mon grand-père, j'ai ajouté quelques anecdotes qui se sont déroulées dans le petit monde à Tit-Dol. Une fois écrites, "les histoires à Tit-Dol", il fallait qu'elles soient mises sur un support disponible pour ceux qui auraient envie de les lire. Ma première idée a été l'édition d'un livre des histoires à Tit-Dol. Mais l'édition, c'est compliqué, il faut trouver un éditeur et puis, il faut être un bon écrivain. Après, j'ai pensé à ce médium du vingt-et-unième siècle où tout le monde peut s'exprimer librement, l'internet. Les histoires à Tit-Dol sont momentanément sauvées, tant que le site du Beau Sauvage sera en ligne. Après, on verra, on en fera peut-être un livre d'ici-là. L'avantage, c'est que cet ouvrage mise en ligne pourra continuer à évoluer, les bouts mals écrits peuvent être réécrits, ce qui n'est pas vraiment intéressant pourra être enlevé et il me viendra peut-être d'autres souvenirs des racontages de mon grand-père qui pourront être ajoutés. Ainsi, amis lecteurs (et amies lectrices) n'hésitez pas à faire vos commentaire, vos critiques de mon petit ouvrage sans prétention qui ne pourra que s'amélioré avec vos bonnes suggestions. Vous trouverez le lien courriel sur cette page. Merci.

Alain Ayme, originaire de la Mauricie, ancien élève de Clément Legaré et maintenant conteur, propose à son public quelques-uns de ces contes issus de son pays de bûcherons et de cultivateurs. Avec un répertoire d'une vingtaine de contes, il présente plusieurs spectacles différents dont "Les histoires à Tit-Dol".
  courriel : contact@beausauvage.com

Les histoires à Tit-Dol

 

Mon grand-père s'appelait Adolphe mais tout le monde dans Sainte-Marguerite-de- Cortonne l'appelait Tit-Dol. Mon grand-père Tit-Dol m'a raconté des histoires.

J'ai d'abord été fier de raconter ces histoires sur scène, devant public, dans ma position de conteur. J'ose maintenant franchir le pas qui nous fait passer de l'oral à l'écrit pour faire un peu comme Clément Legaré et sauvegarder quelques histoires de mon grand-père qui ont eu, pour moi, du sens dans mon enfance et mon adolescence.

Cet ouvrage n'est qu'à moitié un ouvrage de collectage. Ce n'est pas la parole de mon grand-père que vous allez pouvoir lire, comme Clément Legaré à su mettre en écrit la parole des vieux conteurs de la Mauricie, mais la parole d'un conteur qui se souvient des histoires de son grand-père. Pour, quand même, rester dans le genre « collectage », les histoires sont écrites comme je les raconte, oralement.


Les histoires que racontait Tit-Dol


Mon grand-père Tit-Dol était cultivateur. Il ne racontait que des histoires de cultivateurs.


Le garçon qui ne voulait pas descendre de l'arbre.

Une fois, c'était deux enfants de cultivateur, le petit frère pis sa grande soeur, qui s'amusaient pas loin de la ferme par un bel après-midi d'été. Quand est arrivé proche cinq heure, le petit gars a décidé de grimper à un arbre. Il a choisi l'arbre le plus haut, pis il s'est mis a grimper. A force de grimper pis de grimper, il s'est retrouvé au sommet de l'arbre. Quand il est arrivé au sommet de l'arbre, il s'est arrêté de grimper. Il s'est mis respirer fort, l'air était ben meilleure en haut qu'en bas. Pis d'en haut, du sommet de son arbre, il pouvait en voir des belles affaires, le champs de foins que son père était en train de faucher, le petit bocage, la grande terre à bois, il pouvait même voir la ferme à Lacerte, il pouvait même distinguer, tout au fond de l'horizon, les vieilles forges du Saint-Maurice. Quand il est arrivé cinq heure tapant, il a entendu sa mère qui les appelait, lui pis sa soeur, pour souper. La grande soeur a dit à son petit frère qu'il fallait qu'il descendre pour aller souper. Le petit frère se trouvait tellement bien au sommet de l'arbre, il se régalait tellement de la belle vue qu'il avait qu'il voulait plus descendre même pour aller souper. La grande soeur a essayé d'user de son autorité d'aînée, elle s'est fâchée, a ordonné au petit frère de descendre. Le petit gars se trouvait bien en haut, il voulait pas descendre. La petite soeur a dit : « Attends, je vais aller le dire à moman. Elle, elle va te faire descendre. »
La mère est arrivée au pied de l'arbre. Elle a pris sa voix la plus autoritaire et a ordonné à son garçon de descendre sinon il serait privé de dessert. Le petit gars aimait bien manger du dessert mais la menace de sa mère ne l'a pas faite descendre. La mère a dit : Si c'est comme ça, attends un peu, je vais aller chercher ton père. »
Le cultivateur revenait des foins avec sa faux sur l'épaule. Après que la mère lui ait raconté les caprices de son fils, l'habitant s'est rendu au pied de l'arbre. Il a pris sa voix grave avec un ton sec comme la hache qui fend une bûche pour dire à son gars qu'il ferait mieux de descendre. Mais les ondes de choc de la hache qui fend sa bûche ont pas dû monter jusqu'au sommet de l'arbre parce que le garçon a pas voulu bougé.
« Ha ben, si c'est comme ça », a dit le père, « je vas aller chercher pépère ( ça voulait dire, le grand-père ». Autrefois, en Mauricie, plus on était vieux plus on avait de l'autorité parce qu'on inspirait plus le respect. Le grand-père est arrivé, il marchait plié en deux en se tenant sur sa canne. A chaque trois pas, le grand-père s'arrêtait, il se mettait une main dans le bas des reins, il poussait sur sa canne pour se relever un petit brin, histoire de voir en avant de lui pou s'assurer qu'il marchait ben en direction de l'arbre. Quand il déviait de sa trajectoire, il se réajustait pis c'est comme ça qu'il a fini par se retrouver au pied de l'arbre. Il s'est mis une main dans le bas des reins pis il a poussé le plus fort qu'il a pu pour pouvoir se relever assez pour voir son petit-fils au sommet de l'arbre. Le grand-père a frappé le tronc de l'arbre trois fois avec sa canne et il s'est écrié : « Mon petit gars, tu vas descendre, c'est pépère qui te le demande. » Le petit gars a regardé en bas, il a vu son grand-père au pied de l'arbre. Il a relevé le nez en l'air, une bonne draf d'air d'en haut y est entrée dans les narines grandes ouvertes, son regard a fait le tour du beau paysage de la Mauricie. Cette après-midi là, le plaisir de rester en haut de l'arbre a été plus fort, pour le petit gars que le plaisir d'obéir à son grand-père.
La petite famille s'est rassemblée. Ils ont décidé qu'il ne restait qu'une affaire à essayer, c'était d'aller chercher monsieur le curé. La grande soeur est partie pour revenir un quart d'heure plus tard avec le représentant de l'autorité de la paroisse, monsieur le curé.
Le curé a rassuré la famille en disant qu'il allait s'occuper de faire descendre leur petit gars. Il s'est dirigé vers l'arbre, les autres étaient restés près de la maison, ils l'observaient à distance. Arrivé au pied de l'arbre, il s'est mis a parler au garçon. Les autres pouvaient le voir mais ils n'entendaient pas ce qu'il disait au petit gars. A un moment donné, le curé a fait un signe. Le bras en l'air, avec les deux premiers doigts de main droite , il a tracé une ligne imaginaire qui partait du haut pour aller vers le bas et pis une autre qui partait de la gauche pour aller vers la droite ( comme quand on fait le signe de la croix). Le petit gars a tout de suite descendu de l'arbre.
La mère a dit à son mari : « J'ai compris, monsieur le curé s'est servi de la crainte du bon Dieu, avec le signe de la croix pour faire descendre notre garçon. »
Quand le curé est revenu rejoindre la famille avec le petit garçon, la mère a dit : « Merci, monsieur le curé, il y avait que vous pour faire descendre notre garçon en inspirant la crainte du bon Dieu. »
Le curé a répondu : « De quoi c'est que vous parlez là, ma bonne dame? »
«  Ben oui », a répondu la mère, « je vous ai vu faire le signe de la croix . »
« Ha, j'ai pas fait le signe de la croix, », a répondu le curé. « J'ai juste dit a votre petit gars : Là, tu descends de l'arbre (signe de la main du haut vers le bas), sinon, on coupe l'arbre (signe de la main de droite vers la gauche),merci.

A l'époque de mon grand-père, la tradition catholique était très forte au Québec. Le curé représentait l'autorité de la paroisse et son ministère allait au-delà des affaires spirituelles. Dans cette histoire, l'amguïté du rôle et des moyens du curé, reliés à l'ambiguïté du signe vu de loin nous donne la chute: «  Là, tu descends de l'arbre, sinon, on coupe l'arbre. »

Le curé de la paroisse Sainte-Marguerite, le curé Chamberland, le « curé bâtisseur » comme on l'appelait parce qu'il avait aidé plusieurs habitants à construire leurs maisons et même leurs bâtiments agricoles, était le cousin germain de grand-père Tit-Dol. Avec son grand titre de « curé bâtisseur », le curé Chamberland avait une grande notoriété dans Sainte-Marguerite et certains paroissiens le considéraient presque comme un saint de son vivant. Mais Tit-Dol, qui le connaissait depuis qu'ils étaient tout petits et qui avait fait les quatre cents coups avec lui, le considérait comme rien d'autre que son cousin. Il se gênait pas pour le critiquer parce qu'il faisait toujours payer les bancs à l'église et qu'il ne savait rien dire de mieux aux pauvres que : « Priez, le bon Dieu vous aidera ». A cause de ce manque de respect envers le presque saint homme qu'il était, le curé Chamberland avait une grosse dent contre le cousin Tit-Dol. Il ne se gênait pas, de son côté, de toujours annoncer publiquement, les manquements de son cousin à ses devoirs de bon catholique. C'est comme ça qu'un bon dimanche matin, il a proclamé en pleine chaire le manque de moralité de mon grand-père parce qu'il permettait à ses filles de porter le pantalon quand elles allaient travailler au champ. Le lundi matin suivant, grand-père Tit-Dol est allé voir le curé Chaberland au presbytère pour lui annoncer qu'il ne remettrait plus jamais les pied dans son église. C'est depuis ce jour là qu'on a pris l'habitude de voir, tous les dimanches matins, Tit-Dol travailler sur sa terre au lieu d'aller à l'église faire son devoir de bon catholique.


Pour la deuxième histoire de cultivateur du grand-père Tit-Dol, il faut se mettre un peu dans le contexte de son époque en Mauricie. Autrefois, en Mauricie, quand un jeune homme s'intéressait à une jeune fille, il devait aller veiller chez les parents de la fille et il devait plaire non seulement à la fille mais aussi aux parents.


Le jeune homme amoureux

Une fois, c'était un fils de cultivateur qui s'intéressait à une fille de cultivateur. Un bon soir, le jeune homme s'en va veiller chez les parents de la fille. La jeune fille trouvait le jeune homme bien charmant, il était beau garçon. La mère trouvait que c'était un petit gars bien convenable, poli et pis bien avenant. Le père..........., l'histoire ne le dit pas pourquoi, mais ce gars là, il ne l'aimait pas. Ils ont veillé, parle, parle, jase,jase comme on dit en Mauricie, ça veux dire qu'ils ont discuté toute la soirée jusqu'à minuit. A minuit, avant de partir, le jeune homme a annoncé qu'il allait revenir le lendemain.
Le lendemain matin, le bonhomme réfléchissait, il s'est dit en lui même : « A soir, c'est le dernier soir que c't'e gars là vient veiller à la maison ». L'histoire se déroule en Mauricie au mois de Janvier. A l'époque de mon grand-père, au mois de Janvier, les températures normales se situaient entre moins trente et moins trente-cinq degré Celsius. De toute la journée, le bonhomme à pas chauffé, pas une bûche dans le poële, pas une attisé, rien. Rendu au soir, l'intérieur de la maison était plein de frimas, les fenêtres pleines de givre, les glaçons pendaient du plafond, le thé sur le poële était ben gelé pis le poële était recouvert d'une couche de glace. Le bonhomme se promenait dans la maison avec son gros capot de chat (son manteau poils, si vous préférez), sa tuque sur la tête, ses gosses mitaines doublée en castor, son scarf de laine autour du cou pis ses mocassins en peau de caribou. Quand ça a frappé à la porte, c'est le bonhomme qui est allé accueillir le jeune homme. Il l'a aidé à enlever son manteau, sa tuque, son scarf de laine pis ses mitaines. Le gars s'est retrouvé juste en chemise. Le père l'a fait asseoir sur une chaise à un bout de la table et pis lui, il est allé rejoindre sa femme pis sa fille à l'autre bout de table. Les trois se tenaient ben serrés pour avoir chaud, ils étaient chacun emmitouflés dans leurs manteaux de poils, la tuque descendue jusqu'aux yeux pis par-dessus les oreilles. Ils ont veillé, parle, parle, jase,jase comme on dit en Mauricie. Au début, c'était pas si pire, mais plus ça allait plus le jeune homme devenait bleu, il frissonnait pis il claquait des dents. Au beau milieu de la veillée le bonhomme lui a demandé comme ça : « Pis mon gars, il fait pas trop fret? (fret, c'est comme froid mais à moins trente cinq). Le jeune homme a répondu : « Ha monsieur, il fait fret un petit brin, mais ça se porte ben. » Ils ont veillé comme ça jusqu'à minuit et à minuit, avant de partir, le jeune homme à annoncé qu'il allait revenir le lendemain.
Le lendemain matin, le bonhomme réfléchissait. « Il porte ben le fret le gars », qu'il se disait en lui même, « ben à soir, il va pas faire fret. » Le bonhomme s'est mis à charger le poële. Charge le poële pis charge le poële toute la journée. Quand la poële était plein, il le chargeait encore. La petite porte de fonte était bombée tellement le poële était chargé. Rendu au soir, c'était pire que l'Arizona dans c'te maison là. Le poële était rouge. Le thé sur le poële, il y en avait plus, il s'était tout évaporé. Le bonhomme se promenait en corps de chemise. Quand il arrivait près du poële, il faisait un grand détour. Il te sortait une chaleur épouvantable de c't' affaire là.
Quand ça a frappé à la porte, c'est encore le père que a été accueillir le jeune homme. Il l'a aidé encore à enlever ses habits. Après, il a pris une chaise; il l'a mise ben au ras du poële, quasiment collée sur le poêle et il a dit au jeune homme : « Assis toi là mon gars, tu vas être confortable au ras du poële, c'est la meilleure place qu'il a pas. » Lui, il est aller rejoindre sa femme et sa fille à l'autre bout de la pièce, le plus loin possible du poële. Il ont veillé, parle, parle, jase, jase. Au début, c'était pas si pire, mais plus ça allait, plus le gars devenait rouge, l'eau lui coulait dans la figure, sa chemise était toute trempe et pis de la steam y montait en arrière du dos. Au beau milieu de la veillée, le bonhomme lui a demandé comme ça : « Pis mon gars, il fait pas trop chaud? Le jeune homme a répondu : « Ha monsieur, il fait chaud un petit brin, mais ça se porte ben. » Ils ont veillé comme ça jusqu'à minuit et à minuit, avant de partir, le jeune homme à annoncé qu'il allait revenir le lendemain.
Le lendemain matin, le bonhomme jonglait encore à son affaire. Il s'est dit en lui-même : « Bon, j'ai employé la diplomatie (comme on dit en Mauricie), ça pas marché. A soir, on va prendre les grands moyens. »
Le soir, quand ça a frappé à la porte, c'est encore le père qui à été ouvrir. Mais cette fois là, il a pas laissé rentrer notre gars. Il l'a accroché par une épaule, tiré un grand coup pour y faire faire demi tour, il s'est élancé le pied et là (excusez-la mais c'est comme ça qu'on dit en Mauricie) il t'y a mis son pied au cul. Le gars a plané, il est passé par-dessus la rampe de la galerie, il a fait la culbute pis il est tombé fer sur le dos........dans la neige. Pendant que le jeune homme se relevait pis qu'il escouait la neige qu'il y avait sur son manteau, le bonhomme est sorti sur la galerie les deux mains sur les hanches pis il a dit : « Pis mon gars, ça sort hein! » Le jeune homme a regardé le père droit dans les yeux pis il a répondu : « Ha monsieur, certain que ça sort, mais moi je trouve que ça sort ben. » Cette fois là, le bonhomme a pas pu résister et il lui a donné sa fille en mariage. J'ai ouïe dire qu'ils ont eu une grosse famille, qu'il se sont installé sur une ferme dans une petite campagne de la Mauricie, pis que si ils sont pas morts c'est qu'ils vivent encore .....merci.

Tit-Dol, c'était un conservateur. C'était un de ses gros défauts. Il avait connu Maurice Duplessis à l'époque où ce dernier se présentait comme député du compté de Trois-Rivières. Tit-Dol allait tout le temps aux réunions politiques de Duplessis qui se tenaient chez le bonhomme Felbert.
Maurice Duplessis arrivait toujours chez le bonhomme Felbert avec des caisses de bière et des bouteilles de whisky. Tit-Dol, comme ben d'autres habitants présents aux réunions à Duplessis, revenait à la maison rond comme un ballon et là, il disait à ma grand-mère : « Rose, aux prochaines élections, il faut voter «Duplessis » . Ca c'est un homme qui a une tête sur les épaules, qui sait où c'est qu'il s'en va pis qui a du jugement. » Ma grand-mère y répondait : «  Tit-Dol, tu connais rien en politique. Tu veux voter Duplessis juste parce qu'il te fait boire comme un cochon. ».
La grand-mère avait juste à moitié raison parce qu'à part sa stratégie de la bouteille, Maurice Duplessis était un homme avec un grand charisme et Tit-Dol a pas été le seul à tomber sous son charme puisque Duplessis a fini par devenir premier ministre du Québec. Les historiens parlent de l'époque Duplessis comme une des périodes la plus sombres, la plus noirs de toute l'histoire du Québec. Le discours de Duplessis sur l'éducation, c'était : « L'instruction, c'est ben beau, mais pas trop ». Tit-Dol était loin d'être instruit, il ne savait ni lire, ni écrire. Mais ça ne l'a jamais empêché de cultiver sa terre ou de raconter des histoires. Le discours de Duplessis sur la sécurité sociale, c'était : « La meilleure assurance contre la maladie, c'est la santé. » Ca, Tit-Dol, il l'avait compris. C'est pour ça que, pendent des années, il a fumé son propre tabac qui venait de sa terre et a bu l'alcool qui sortait de l'alambique à son père, le vieux Joe. Ca lui a permis de vivre jusqu'à proche cent ans.
En tous cas, ces opinons politiques, c'était un point qu'il pouvait partager avec son cousin, le curé Chamberland. Maurice Duplessis était un homme pieux et a toujours su se montrer généreux envers le clergé. Les curés ne faisaient pas de politique, il se contentaient, en période d'élection, de dire à leurs paroissiens en fin de messe : « Quand vous irez voter, n'oubliez pas : le ciel est bleu, l'enfer est rouge. »

Contrairement à beaucoup de conservateurs, Tit-Dol, s'était un vrai conservateur. Il a toujours refusé ce que l'on appelle « le progrès » même quand ça aurait pu l'arranger. Il a toujours refusé d'employer les engrais chimiques ou la grosse machinerie agricole. Il a jamais compris pourquoi il fallait faire plus quand on avait assez. Les mots que j'ai entendus de la bouche de Tit-Dol, aujourd'hui, je les entends de la bouche des écologistes ou des grands philosophes. Le respect de le terre, la simplicité volontaire qu'on appelle en France « la décroissance », c'est des affaires que Tit-Dol pratiquait déjà sans le savoir.
Tit-Dol se faisait souvent plaisir a raconter des anecdotes pour expliquer la folie des nouvelles inventions. Un après-midi, il m'a raconté la fois où son voisin,le bonhomme Lacerte, avait voulu faire ses foins avec une tondeuse à gazon. Ils venaient juste de sortir les tondeuses à moteur. Le bonhomme Lacerte avait flasher là-dessus. Il s'était dit : « C'est ben fantastique ça, je vas pouvoir faire ben de l'ouvrage avec ça ». Quand le temps de faire les foins est arrivé, le bonhomme Lacerte était ben fier de sortir sa tondeuse à moteur pour aller faire ses foins. Tit-Dol m'a conté qu'il pouvait entendre jusque chez lui c'te pauvre machineries
qui se plaignait le martyre, qui toussait pis qui s'étouffait. On voyait monter une grande colonne de fumée blanche pis noire au-dessus du champs de foins du bonhomme Lacerte. Rendu au soir, la tondeuse était bonne pour la dump et pis les foins étaient toujours pas faits. Mon grand-père Tit-Dol, je l'ai toujours vu couper son gazon à la faux, pis j'ai jamais vu de gazon aussi beau.


La prochaine histoire, mon grand-père me l'avait un fois racontée alors que j'étais avec un copain, j'avais seize ans. Nous avions un trajet de course à pied qui passait devant chez mon grand-père. Nous nous y arrêtions pour boire un coup en milieu de parcours. Par un bel après-midi d'été, nous nous y étions arrêtés et pendent que nous buvions les grands verres d'eau amenés par la grand-mère Rose, Tit-Dol nous a raconté cette histoire.


La méchante maringouinaille

Une fois, c'était un cultivateur qui était en train de faire sa clôture par un bel après-midi d'été, c'était la fin de l'après-midi. Le cultivateur avait planté tous ses piquets en terre pis là, avec son marteau pis des clous, il taquait des planches de travers pour fermer sa clôture. Il était en train de planter un clou pour faire tenir une planche au piquet quand, tout d'un coup, il a entendu un grand bruit au-dessus de lui, ça faisait BIIZZZZIIZZZIIIZZZZ. Le cultivateur a regardé en l'air et là, il a aperçu la plus grosse maringouinaille qu'il avait jamais vue. Une maringouinaille, c'est un nuage de maringouins. Un maringouin, c'est ce que l'on appelle dans les vieux pays : un moustique. Mais dans ce temps là en Mauricie, c'était pas des moustiques comme icitte aujourd'hui. C'était des maringouins gros comme le pouce avec des lancettes en stanley steel. Non seulement, c'était la plus grosse maringouinaille que le cultivateur avait jamais vu mais la maringouinaille se dirigeait dret sur lui, toutes les lancettes en stanley steel pointées dans sa direction. L' habitant a calculé son affaire, il s'est vite rendu compte qu'il n'aurait pas le temps de courir jusqu'à la maison. Au quatrième piquets à partir de celui où il se trouvait, le cultivateur a aperçu une marmite en cuivre qu'il avait mis là parce que sa femme en voulait plus parce qu'il lui manquait une patte. Mais à part la patte manquante, la marmite était ni percée ni fendue. L'habitant s'est mis à courir vers la marmite, la maringouinaille à ses trousses. Arrivé proche de la marmite, il a slydé comme un joueur de base-ball, il a accroché le rebord de la marmite avec sa main gauche et se l'ai rabattu sur le corps. L'habitant s'est racotillé ben petit en chien de fusil en dessous de la marmite et il a entendu : bing, bang, beding, bedang, cling, clang. Ca, c'était tous les maringouins qui ammarmitaient. Ammarmiter, c'est comme atterrir mais sur une marmite. Bing, bang, beding, bedang...............clang. Quand les maringouins ont été tous ammarmités, ils se sont mis à s'aiguiser les lancettes, une sur la lancette de l'autre et quand toutes les lancettes ont été ben pointues, ils se sont mis à percer la marmite en cuivre pour aller sucer le sang de l'habitant qui était caché en dessous. Le cultivateur se racotillait ben petit pour pas être piqué par les lancettes et plus il se racotillait, plus il sentait quelque chose de dur dans son ventre. C'était son marteau, il avait gardé son marteau avec lui. Ca lui a donné une idée. Avec son marteau, l'habitant s'est mis à river toutes les lancettes après la marmite. Quand toutes les lancettes ont été rivées, les maringouins ont compris qu'ils pourraient pas sucer le sang de l'habitant, ils ont décidé de partir. Mais comme ils avaient toutes les lancettes rivées après la marmite, ils sont partis mais ils ont amené avec eux-autres, la marmite. L'habitant s'est retrouvé caché en-dessous de rien parce qu'il a vu la marmite s'élever l'air. Le cultivateur a suivi la marmite des yeux jusqu'à ce que ça devienne un petit point cuivre dans le ciel. Cette affaire là, ça été aperçu un peu partout dans la Mauricie. Ca été le premier cas d'ovni déclaré dans la Mauricie et si les maringouins sont pas tous morts, la marmite, elle vole encore, merci.

Elle était bien l'histoire de ton grand père m'avait dit mon copain sur le chemin du retour. Evidemment, il ne l'avait pas raconté comme elle est écrite dans ce recueil, c'est moi qui la raconte comme ça. Ce jour là, j'étais fier de mon grand-père, heureux qu'il nous ai raconté cette histoire par un bel après-midi de l'été de mes seize ans.

Je classerais cette histoire dans le genre fantastique avec les attributs qui s'y rattachent, la menace, le suspens, une fuite et un combat, une victoire accordée à l'intelligence humaine et une fin inattendue.

Quand j'étais petit, les habitants de la Mauricie faisait ce qu'ils appelaient « du vin de bibites » Je n'ai jamais su ce qu'était exactement « le vin de bibites » je n'ai connu que la version de mon grand-père. « Du vin de bibites », qu'il disait, « c'est fait avec des bibites ». Des bibites, ça voulait dire des maringouins. Les maringouins, en Mauricie, les soirs d'été, c'en est plein, on arrête pas de se taper dessus pour en tuer. Mon grand-père disait : « Il faut prendre un grand sac, comme les sacs à patates, à chaque fois qu'on tue un maringouin, on le met dedans. Quand le sac est ben plein de maringouins écrasés, là on peut faire une bonne cuvée de vin de bibites.

Mon grand père ne racontait jamais des histoires très longues. Il racontait parfois des histoires très courtes.

L'homme qui vargeait son cheval

Une fois, c'était un cultivateur qui se promenait à pied sur le chemin. Il se prenait un petit rest, comme on dit, une petite pose, il venait de finir ses foins.. Il aperçoit un autre habitant avec son cheval attelé à une charrette au ras d'un champ de foin qu'il venait de faucher. La charrette était rempli de foin, le cultivateur était paré à partir mais le cheval voulait pas avancer. Le cultivateur avait un rondin dans les mains. À grands coups, il vargeait pis il fessait sur son cheval pour le faire avancer. L'autre, celui qui se promenait à pied, s'est dit en lui même : « Pauvre bête, ça a pas de bon sens de maltraiter un cheval de même. »
Il a été voir le bonhomme, il t'y a arraché le rondin des mains pour le garocher à terre pis il lui a dit : « Qu'est-ce que tu fais là, t'es à moitié fou, on varge pas pis on fesse pas sur un cheval de même. C'est pas comme ça que tu vas le faire avancer. Un cheval, il faut y aller avec de la douceur. Regarde moi ben faire, je vas le faire avancer moi, ton cheval. » Il a été devant le cheval, il s'est mis à le caresser sur le front, entre les deux yeux. La main est descendue doucement jusqu'au naseaux qu'il s'est mis à frotter en faisant des petits ronds avec la paume. Après, tout en lui caressant la baboune et en lui appuyant la tête sur son épaule, l'homme a murmuré quelque chose à l'oreille du cheval. Il l'a lâché, il a fait dix pas en direction d'où le cheval regardait, chaque pas faisait un pied, dix pas, ça faisait dix pieds. Il s'est retourné pour faire face au cheval et d'une voix douce, il lui a dit : « Viens ». Le cheval a pas avancé, il s'est contenté de bouger l'oreille gauche. Le bonhomme a compris que le cheval voulait mettre ses conditions avant d'obéir. Il voulait se faire gratter en arrière de l'oreille, ça devait être une de ses caresses préférées. Le cultivateur s'est avancé vers le cheval, il lui a appuyé la tête sur l'épaule tout en lui caressant en arrière de l'oreille et en lui murmurant encore autre chose. Il a fait dix pas en direction d'où le cheval regardait, chaque pas faisait un pied, dix pas, ça faisait dix pieds. Il s'est retourné pour faire face au cheval, il a pris son temps, il l'a regardé. Un moment donné, le cheval a fait un signe de tête, du bas vers le haut pis du haut vers le bas. A ce moment là, l'habitant lui dit de sa même voix douce : « Viens ». Cette fois là, le cheval a pas bougé, même pas une oreille. Là, le cultivateur a été ramasser le rondin, il l'a redonné à l'autre pis il lui a dit : « Ben, vas-y, varge pis fesse. » Merci.

Tit-Dol, à ce qu'on en a dit, était un homme bon avec les animaux. Il était très doux avec son cheval Noirot et toutes les bêtes qu'il a pu avoir. Je me souviens avec quelle douceur il traitait les chiens. Il disait qu'il ne fallait jamais « sacrer après un cheval » ( parler à un cheval en jurant). Il ne se gênait pas pour prendre la défense de bêtes maltraitées et ça lui a même arrivé de prendre leur revanche.

Un jour Tit-Dol est arrivé dans l'écurie d'un cultivateur de Sainte-Marguerite,Tit-Gus Betty. Tit-Gus Betty avait un jeune ouvrier qui se dénomait « Maurice ». Au moment où Tit-Dol arrivait à l'écurie, notre Maurice en question était en train de sortir les chevaux. Il criait après les chevaux en sacrant par tous les jurons qu'il connaissait pis il leur piquait les fesses avec une fourche pour les faire avancer plus vite. Ce jour là notre dénommé Maurice a connu qu'est-ce c'était que d'avoir affaire à mon grand-père dans toute sa colère. Comme on dit à Trois-Rivières, il s'est retrouvé ben petit dans ses culottes.
Un peu plus tard mon grand-père a pu revoir notre Maurice dans des conditions ben particulières vu que le jeune homme était tombé en amour avec une de ses filles. C'était le plus jeune des filles à Tit-Dol, elle se denommait Pauline. Dans ce temps là, en Mauricie, c'était comme dans les histoires à Tit-Dol, quand un garçon s'intéressait à une jeune fille, il devait aller veiller chez les parents de la fille et leur plaire autant qu' à la fille. Notre Maurice plaisait autant aux parents qu'à la fille vu que la fille s'intéressait pas pantoute à c'agrès là. Comme on dit en Mauricie :  « Elle en aurait pas voulu pour cinq cents ».
Maurice avait décidé d'avoir la fille par le père. Il savait que Tit-Dol aimait à boire un petit coup. Il arrivait toujours chez mon grand-père avec une caisse de bière. Mais la bière a jamais été assez forte pour faire oublier à Tit-Dol ce qu'il avait vu dans l'écurie à Tit-Gus Betty. Mon grand-père qui avait un côté malicieux a même décidé de profiter de la situation pour faire des misères au pauvre garçon aveuglé par les feux de l'amour. Il voulait rendre la monnaie de sa pièce des misères que Maurice avait pu faire aux bêtes. Comme dans les histoires, Tit-Dol avais décidé de donner des épreuves à Maurice. Pour avoir un princesse, il faut passer des épreuves.
Un bon soir, grand-père a demandé au jeune amoureux : « Est-ce que tu l'aimes ma fille Maurice ? » L'autre a répondu : « Ah oui, monsieur Janvier, je l'aime votre fille. » Tit-Dol a regardé Maurice, ben sérieusement, pis il lui a dit :  « Si t'aimes vraiment ma fille, Maurice, tu vas me le prouver ». Mon grand-père s'est levé. Il a été jusqu'à l'armoire de la cuisine pour y prendre un plein pot de cornichons avec un plein pot de confiture aux fraises. Il a mis une assiette devant Maurice pour y vider pis y mélanger les cornichons avec la confiture aux fraises. Là, il lui a dit en lui donnant une cuillère : « Si tu aimes vraiment ma fille, Maurice, tu vas manger tout le pot de cornichons avec la confiture aux fraises ». Maurice était vraiment amoureux et pas très futé, on le devine.
Tit-Dol en a rit pendant trois jours d'avoir vu ce jeune fou s'enfiler le pot de cornichons trempés dans la confiture aux fraises.
On sait que ce genre d'histoires va souvent très loin. Un jour que Maurice avait soif et demandait à boire, Tit-Dol lui a donné un petit seau comme on donne aux chevaux, plein d'eau. Il lui a dit : « Maurice, si tu aimes vraiment ma fille, tu vas boire tout le seau ». Maurice a bu tout le seau, mais quand il a eu fini, il a commencé à se trouver mal. Il s'est mis à se tenir le ventre en hurlant, à se rouler à terre en se tordant de douleurs pis a raler comme un homme sur le point de trépasser. Aujourd'hui, c'aurait été un cas d'hôpital mais dans ce temps là, on amenait pas les gens à l'hôpital pour des affaires de même. Maurice a fini par s'en remettre. Cette fois là, Tit-Dol a quand même regretté un peu sa plaisanterie. Il a fini par dire au jeune homme que c'était plus la peine de revenir parce que sa fille ne l'aimait pas et c'était une raison bien suffisante pour qu'il n'en veuille pas comme gendre.

 


Mon grand-père racontait souvent des histoires à mon oncle Noël, son gendre, surtout quand c'était des blagues. Je pense qu'il aimait bien raconter à l'oncle Noël parce que ce dernier savait rire de bon coeur en même temps que le grand-père. Le grand-père riait doucement, l'oncle riait très fort. Je me souviens avoir entendu, peut-être plus d'une fois, Tit-Dol raconter cette très courte histoire à l'oncle Noël. Il me la racontait aussi puisque j'étais avec eux.

Le concours du plus lâche

Une fois c'était un cultivateur qui avait une belle fille, un beau morceau de créature comme disait Tit-Dol. Il y avait trois fils de cultivateurs qui venait souvent pour la courtiser. Un bon jour que les trois gars étaient là en même temps, le père y eux a déclaré : «  Ecoutez les gars, ma fille, je vais la donner au plus lâche, au plus paresseux d'entre vous autres. » Le père a tracé une ligne à terre avec le bout de son pied. Il est parti de la ligne, il a marché dix pas. Chaque pas faisait un pied, dix pas, ça faisait dix pieds. Il a tracé une deuxième ligne à terre avec le bout de son pied. Il a fait installer les gars à une ligne. A l'autre ligne, il a déposé trois billets de dix piastres. Il y eux a dit :  « Celui qui viendra chercher son dix piastres de la manière la plus lâche, la plus paresseuse, c'est lui qui aura ma fille. Le premier est parti en rampant sur le ventre pour aller chercher son dix piastres. Le deuxième est parti en rampant aussi mais pas aussi vite que le premier. C'était juste pour avancer pis il se plaignait de l'effort que ça lui demandait. Il s'agrippait après les touffes d'herbe pour s'aider à avancer. Il s'arrêtait de temps en temps pour se reposer. Ca lui a pris une grosse demi-heure pour faire ses dix pieds. Les troisième était couché à côte de ligne, il a dit : « Ha monsieur, vous pouvez garder votre dix piastres, j'ai pas le courage d'aller le chercher. » Ben c'est lui qui a pu épouser la jeune fille. Ils se sont installés dans une petite campagne de la Mauricie pis si ils sont pas morts c'est qu'ils vivent encore, merci.

Dans le temps de mon grand-père, à Trois-Rivières et ses environs comme dans toute la Mauricie, c'était important d'être vaillant au travail. On respectait les hommes forts et durs à l'ouvrage. A l'époque, les métiers qui demandaient de l'instruction, ce n'était pas pour les habitants de la campagne et le monde des affaires était fermé aux canadiens français. Un bon canayen, comme aurait dit Tit-Dol, devait avoir du muscle dans le bras et du courage dans le coeur. La vie devait se gagner à la sueur de son front. L'habitant qui aurait cherché à gagner de l'argent facilement aurait été mal vu de ses compatriotes. La notion d'argent facile et de paresse, voir de lâcheté, étaient intimement liées. Dans notre histoire, cet habitant qui a la comique idée de donner sa fille au garçon le plus lâche, le plus paresseux leur propose comme épreuve d'aller chercher un billet en faisant le moins d'effort possible et il donne sa fille à celui qui renonce à l'agent.


Anecdotes et légendes du monde à Tit-Dol.


Les cousines de la grande ville qui avaient mangé de la tire aux fremilles

Mon grands-père avait deux cousines de Montréal qui venaient le visiter une ou deux fois par année. Elles venaient voir Tit-Dol dans le petit village de Trois-Rivières comme elles disaient. Elles venaient en automobile. A l'époque, il y avait très peu d'automobiles à Trois-Rivières. Tit-Dol espérait ne jamais en avoir, il préférait rester avec Noirot. Noirot, c'était son cheval. Il l'avait appelé « Noirot » parce qu'il était tout noir.
Un beau jour de fin de printemps, les deux cousines de Montréal étaient venues visiter Tit-Dol à Sainte-Marguerite-de-Cortonne. Elles étaient venue en automobile et dans leurs habits de la ville.
L'histoire ne dit pas ce qu'ils ont mangé le soir, mais elle dit que pour le dessert, les cousines voulaient de la tire d'érable. Tit-Dol avait une cabane à sucre, il faisait lui-même ses produits de l'érable. La période des sucres était passée mais il restait encore quelques produits dans la cabane. Le problème, c'est que la nuit était tombée pis, dans ce temps là, ils avaient pas l'électricité dans les cabanes à sucre. Tit-Dol eux a proposée d'aller manger de la tire le lendemain matin pour déjeuner. Les deux cousines de Montréal voulaient absolument de la tire pour dessert le soir même. Tit-Dol a allumé un fanal, il est sorti de la maison, il a invité les cousines à le suivre pis il a pris la direction de la cabane. C'était la fin du printemps, il y avait des flaques d'eau un peu partout sur le chemin. Les cousines de la ville relevaient leurs robes à deux mains pis faisaient des grandes écartades pour pas mouiller leurs petits souliers. Arrivé dans la cabane, le grand-père a posé le fanal sur la table pis à tâton dans la renoirceur il s'est mis à chercher les pots de tire. Tit-Dol, y connaissait par coeur les rayonnages de sa cabane. Il a pris un pot de tire, il l'a ouvert pis il a donné aux deux cousines chacun une palette comme cuillère. Les cousines se sont mises à se sucrer le bec. Ils la trouvaient assez bonne c't'e tire là, ils avaient jamais mangé de la tire aussi bonne que ça. Il y avait juste une affaire, il y avait des petits grains durs qui crounchaient en dessous de la dent. Ils ont demandé à Tit-Dol qu'est-ce que ça pouvait ben être ça, ces petits grains là. Tit-Dol a réfléchi une couple de secondes pis il leur a dit : « Je vois juste une affaire. Ca doit être la tire qui s'est cristallisée pis ça l'a fait des petits grains de sucre » Ha ben, de la tire aux petits grains de sucre, les deux cousines de Montréal trouvaient ça encore ben meilleur. Il ont mangé de la tire jusqu'à ce qu'elles aient mal au coeur. Quand t'as mal au coeur, c'est signe qu'il faut t'arrêter de manger de la tire. Après ça, elle ont été se coucher. Le lendemain matin, les deux cousines de la grande ville de Montréal sont reparties pour Montréal dans leur automobile. Tout de suite après le départ des cousines, Tit-Dol est allé direct à la cabane parce que si sa théorie du sucre cristallisé dans la tire avait convaincu ses deux cousines, lui, ça ne l'avait pas convaincu. En entrant dans la cabane il est allé ouvrir un pot de tire. ( Dans ce temps là, en Mauricie, on disait pas des fourmis, on disait des fremilles). C'était noir de fremilles.
A ce moment là, ma grand-mère Rose qui était en train de préparer le dîner a entendu un grand éclat de rire. Mon grand-père avait le rire qui portait loin. La grand-mère a pas exactement compris de quoi il s'agissait mais elle a, en tous cas, compris qu'une nouvelle anecdote sur les gens des grandes villes allait circuler dans Trois-Rivière pis peut-être ben toute la Mauricie. Cette fois là, ça été l'anecdote des cousines de la grande ville qui avaient mangé de la tire aux fremilles.


La légende de Pierre Coriveau

Mon grand-père Tit-Dol me parlait souvent du temps où il travaillait aux glaces au lac à Millet. Quand il commençait à me raconter les glaces au lac à Millet, je savais qu'allait suivre la légende de Pierre Coriveau. En Mauricie, les cultivateurs travaillaient la terre l'été, l'hiver, la terre était gelée. Pour l'hiver, certains montaient en haute Mauricie pour faire les chantiers de bûcheronnage. Tit-Dol, lui, il allait faire les glaces au lac à Millet pour approvisionner les glacières en été de tout Trois-Rivières et des environs. Quand mon grand-père était plus jeune que ce que l'ai connu, il habitait sur le chemin Sainte-Marguerite, à Sainte-Marguerite-de-Cortonne. Le lac à Millet, à l'époque où il n'y avait pas encore le boulevard des Récollets, se trouvait juste au bout du chemin Sainte-Marguerite. Le soir, parce que les glaces se faisait la nuit, mon grand père s'habillait ben chaudement pis partait, à pied, vers le lac. Il en avait pour dix à quinze minutes de marche. Arrivé au lac, il montait dans une petite embarcation, avec un partner. Ils coupaient les blocs de glace et à deux hommes, avec des grandes pinces, ils sortaient les glaces de l'eau pour les mettre dans l'embarcation et les amener sur la rive. Deux hommes les reprenaient pour les mettre dans une charrette et les amener dans une grange où elles étaient entreposée dans le foin. Les nuit d'hiver, le lac à Millet était rempli de petites embarcations avec deux hommes. Mais il y avait une embarcation avec un seul homme, Pierre Coriveau. Pierre Coriveau, lui, il sortait les blocs tout seul. Le seul, avec, Pierre Coriveau, à avoir été capable de sortir les glaces du lac à Millet tout seul, c'était le maire de Sainte-Marguerite-de-Cortonne. Mais en seulement, le maire de Sainte-Marguerite, lui, il commençait par enfoncer le bloc dans l'eau pour se servir de la poussée de l'eau pour l'aider à le sortir. Pierre Coriveau, il s'aidait de rien pan-toute, il te prenait le bloc avec les pinces pis il te le levait carré pour le mettre au fond de l'embarcation.
Dans ce temps là, à Trois-Rivières, il y avait à chaque année un concours d'hommes forts. L'épreuve consistait à marcher dix milles avec une poche de deux cents livres sur les épaules. Le premier arrivé remportait la ceinture fléchée, véritable oeuvre d'art pis le gagnant pouvait la porter toute l'année pour montrer que c'était lui, l'homme le plus fort de Trois-Rivières et des environs. Le deuxième arrivé remportait une petite somme d'argent. C'était toujours Pierre Coriveau qui prenait la tête de la course d'hommes forts. Il s'en allait ben droit, le sourire aux lèvres, comme s'il avait eu une oreiller de plumes sur les épaules. Les autres suivaient loin en arrière, ils peinaient comme des forçats, il y en avait pas la moitié qui finissaient la course. Quand Pierre Coriveau arrivait proche de la ligne d'arrivée, il s'arrêtait, il posait sa poche à terre, il s'assoyait dessus pis il attendait. Pierre Coriveau était pas ben riche pis il avait une grosse famille à nourrir. Il préférait prendre la petite somme d'argent plutôt que la ceinture fléchée. Il attendait le deuxième qui allait être le premier. C'était toujours le maire de Sainte-Marguerite-de-Cortonne qui arrivait en deuxième, c'est à dire en premier. Lui, il était riche, il était content d'avoir la ceinture fléchée. Quand le maire de Sainte-Marguerite avait passé la ligne d'arrivée, Pierre Coriveau se relevait, il se remettait sa poche de deux cents livres sur les épaules pis il traversait à son tour la ligne d'arrivée pour aller chercher la petite somme d'argent qui allait l'aider à faire vivre sa famille.
Mon grand père finissait toujours son histoire en disant : « Une année, ton grand-oncle Thomas (c'était le frère à Tit-Dol) a voulu le faire le concours d'hommes forts à Trois-Rivières. Mais Thomas, il avait pas de capacités, dès qu'on lui a mis la poche sur les épaules, il est tombé à plat ventre à terre.

Le lac à Millet, c'est le petit lac qui se trouve juste en bas du pavillon Michel Sarazin de l' Université du Québec à Trois-Rivières. J'imagine qu'autrefois, il devait être plus grand que ce qu'il est aujourd'hui. Quand j'allais à l'Université pour suivre les cours du professeur Legaré, je passais tout le temps devant le lac sans savoir qu'il y aurait un jour un lien entre la légende de Pierre Coriveau qui prenait les blocs de glace tout seul et ce professeur qui allait déclencher, chez moi, cette envie de raconter les légendes à Tit-Dol. Pour la course des hommes forts à Trois-Rivières, j'en ai jamais entendu parler par d'autres que mon grand-père mais si Tit-Dol le racontait, c'est que ça devait être vrai. En tous cas ça fait une bonne histoire qui donne à réfléchir sur le sens des gloires de la victoire. Pierre Coriveau , sans conteste dans la parole de Tit-Dol, l'homme le plus fort de tout Trois-Rivières et ses environs est comparé à un autre homme fort, le maire de Sainte-Marguerite-de-Cortonne. Ce dernier n'est pas aussi fort que Pierre Coriveau mais réussi à le paraître. Dans la première épreuve qui consiste à sortir les blocs de glace des eaux du lac à Millet, il utilise la poussée d'Archimède pour réussir l'exploit. Si cette ruse est visible de quelques uns, comme mon grand-père Tit-Dol, beaucoup d'autres ont pu être dupes et croire que le maire était aussi fort que Pierre Coriveau, qui lui, n'utilise pas la poussée de l'eau. Dans la deuxième épreuve, la valeur de la force est rattachée à la récompense. La ceinture fléchée devient un signe pour identifier l'homme le plus fort de Trois-Rivières et ses environs. Pierre Coriveau renonce à s'identifier comme l'homme le plus fort par ce signe parce qu'étant donné sa situation d'homme pauvre avec une grosse famille à nourrir, la petite somme d'argent en deuxième prix lui est plus intéressante. Aussi le déroulement de la course des hommes forts lui laisse comprendre sa supériorité vis à vis des autres candidats et il renonce au signifiant sachant qu'il est le signifié. Le maire est un homme riche, la petite somme d'argent n'a aucun intérêt pour lui et il est content de s'approprier le signe de l'homme le plus fort même ou parce qu'il n'est pas le signifié. Il y a donc une discordance entre le signifiant et le signifié, et l'objet signifiant a plus de valeur au yeux du non-signifié qu'au yeux du signifié, comme dirait le professeur Legaré.


Je me souviens que parfois mon oncle Noël faisait équipe avec Tit-Dol pour raconter. Ensemble, il m'avaient raconté l'histoire de cet homme (dont j'ai oublié le nom) qui ne reculait jamais. Un jour, sa chemise s'est prise à un barbelé, au lieu de reculer d'un pas pour se décrocher, il a continué a avancer et il a déchiré sa chemise. Un autre jour, il y avait un boeuf sur son chemin. Au lieu de reculer d'un pas pour contourner le boeuf, il s'est mis a pousser le boeuf. Le boeuf s'est mis a pousser aussi mais le bonhomme était tellement orgueilleux dans sa résolution de ne jamais reculer qu'il n'a pas laissé le boeuf le faire reculer et c'est lui qui a fini pas avoir raison. Le boeuf s'est mis sur le côté et le bonhomme a continué son chemin en avançant toujours.

Le bonhomme Charpentier et ses sept fils

Tit-Dol et Noël me racontait aussi les anecdotes du bonhomme Charpentier et ses sept fils. Le bonhomme Charpentier avait sept fils et il avait su les élever sans jamais se laisser déborder. Il savait se faire écouter, le bonhomme Charpentier. Si il disait blanc, ses sept fils disaient blanc. Si il disait noir, ses sept fils disaient noir. Ces garçons là, c'étaient drillés quasiment comme à l'armée. Mais en seulement, le bonhomme Charpentier n' avait pas besoin de siflet comme les sergents de l'armée Canadienne, il avait juste à lâcher un « wak », les sept gars arrivaient ben droits sur le qui-vive : «Oui Pôpa ». Une fois, le bonhomme Charpentier avait demandé à ses fils de mettre du caltor (du goudron) sur le toit (c'est comme ça qu'on faisait l'étanchéité des toits). On étendait le caltor avec des gros rouleaux à peinture. Les sept gars ont pris l'échelle, le seaux de caltor pis les rouleaux à peinture. Ils sont tous montés sur le toit pis ils ont commencé à caltorer. Mais en seulement, au lieu de commencer à étendre par le milieu pour s'en venir sur les bords pour pouvoir redescendre à la fin, les fils Charpentier avaient commencé par les bords pour aller vers le milieu. Rendu au milieu, ils se sont retrouvé pris, entourés par le caltor, plus moyen de descendre du toit. Il y en a un qui s'est essayé à s'aventurer tranquillement sur le caltor. Il est parti en glissade pour tomber du toit, les habits plein de caltor. Il y en a un deuxième qui a essayé de faire mieux. Pareil, il s'est retrouvé en bas du toit, le habit plein de caltor. Les cinq autres ont pas fait mieux, les sept garçons se sont retrouvés caltorés de la tête au pied. Le bonhomme Charpentier était en colère, il a dit à ses fils : « Si vous êtes pas plus intelligents que ça ben vous allez rester toutes la journée dans vos habits plein de caltor. » Les garçons ont pas pu se changer, ils sont restés toute la journée avec le caltor. C'était la journée la plus chaude de l'été, il devait faire cent degrés faraneight. L'oncle Noël finissait toujours l'histoire en disant : « Il était dur, quand même, le bonhomme Charpentier. »

Il y avait aussi la fois où le bonhomme Charpentier avait surpris ses fils après fumer. « J'vas vous passer le goût de fumer » qu'il leur avait déclaré. Il les a obligé à fumer tout un gros paquet de cigare. Ils ont été malades à passer par toutes les couleurs et l'histoire dit qu'ils ont plus jamais fumé de leur vie, aucun des sept. Il était dur, quand même, le bonhomme Charpentier.

 

Joe Janvier

Souvent aussi l'oncle et le grand-père discutaient d'une figure de légende qui ne manquait pas de m'intéresser, Joe Janvier, mon arrière grand-père. Ils parlaient du vieux Joe et du sauvage. Mon arrière-grand-père était un homme hors du commun à Sainte-Marguerite-de-Cortonne. Il avait travaillé plusieurs années aux Etats-Unis et parlait l'anglais couramment. De plus, il savait lire, écrire et compter, ce qui faisait de lui, avec son bilinguisme, l'homme le plus instruit de Sainte-Marguerite-de Cortonne. C'était aussi l'homme le plus rude de Sainte-Marguerite. Il n'allait jamais chez le dentiste, il s'arrachait les dents tout seul. « Quand il y en avait une qui lui faisait mal » racontait le grand-père,  « il se rinçait la gueule au gros gin, il prenait la vieille paire de pince sur la tablette au-dessus du poêle, en se regardant la gueule ouverte dans le miroir accroché à même la tablette, il te lâchait trois ou quatre sacres après la dent « pourrite » pis se rentrait la pince dans la gueule pour aller la chercher. Il tirait un grand coup. « Tient, ma maudite, tu me feras pus mal ». Il était aussi capable de mettre une rouste à chacun des hommes du village sans avoir besoin d'enlever sa pipe. Un jour, en se promenant sur ses terres (il avait beaucoup de terres autour de Sainte-Marguerite), Joe a rencontré un sauvage qui avait installé son tippie. L'arrière-grand-père, loin d'être choqué d'avoir trouvé le sauvage installé sur ses terres, lui a proposé se s'installer, avec sa femme, dans sa cabane à sucre qui était pas loin, « Ce sera plus confortable. » Le sauvage a accepté et une grande amitié s'est développée entre les deux hommes. Depuis, on ne voyait plus le vieux Joe sans le sauvage. Ils étaient toujours partis chasser ou trapper ensemble. A cette époque, en Mauricie, les sauvages étaient admirés pour leur sagesse et leur grande connaissance de la nature. Cette alliance avec le sauvage avait augmenté, renforcé la notoriété du vieux Joe. Joe Janvier et le sauvage était le duo le plus respecté de tout Trois-Rivières et ses environs.
L'arrière-grand-père avait aussi été maire de Sainte-Marguerite-de-Cortonne à l'époque où il était laitier. Laitier, ça voulait dire qu'il avait des vaches qu'il allait traire tous les matins avant d'aller faire sa distribution de lait frais.
On a voulu donner son nom à la route qui passait devant sa propriété mais l'arrière-grand-père a toujours refusé prétextant qu'on ne pouvait pas appeler une route, « la route à Joe ».

La femme à Joe Janvier

Mon arrière-grand-père Joe, comme la majorité des hommes de Sainte-Marguerite- de-Cortonne de cette époque avait l'habitude de boire plus qu'à son tour. C'était pas rare qu'il arrivait à la maison .........  « saoul comme un cochon » comme disait l' arrière-grand-mère. C'est arrivé plus d'une nuit d'été, que l'arrière-grand-mère a pas laissé rentrer le pépère Joe, « les cochons, ça dort dehors » qu'elle disait . Mais l'arrière-grand-mère qui se permettait tant de critiquer la conduite de son mari pratiquait le même vice que lui mais en cachette. Certaines de ses petites-filles savaient bien qu'elle cachait des grosses bouteilles de « Black Horse », la bière du pays à l'époque, entre les deux matelas de son lit. Elle attendait que Joe soit partie au champ ou au bois pour s'envoyer en arrière de la cravate une bonne grosse « Black Horse ». L'arrière-grand-mère avait l'habitude de se limiter dans sa consommation de bière mais un jour, l'histoire ne dit pas pourquoi, elle a bu beaucoup plus qu'à son habitude. Quand Joe est rentré à la maison, il a vu sa femme étendue par terre de tout son long et bien mal en point. Joe n' a pas hésité, il est tout de suite parti chercher le docteur. Quand le docteur de Sainte-Marguerite a eu fini d'examiner la bonne-femme Janvier, il est allé voir l'arrière-grand-père pour y dire : « Inquiète toé pas, mon Joe, ta femme est juste saoule. » Joe Janvier a jamais eu tant ri de sa vie. Il a compris que pour critiquer un cochon, ça prenait juste une truie.

La veuve Paillé qui ne voulait pas se remarier

Du côté de ma grand-mère Rose, la femme de Tit-Dol, il y avait l'arrière-grand-mère Paillé. L'arrière-grand-mère s'était retrouvée veuve alors qu'elle était encore dans la force de l'âge. Et de la force, la grand-mère Paillé, elle en avait. La légende dit qu'elle pouvait faire n'importe quel travail d'homme aussi bien qu'un homme. La légende dit aussi, qu'elle fumait la pipe comme un homme. Elle habitait en haut de la côte du presbytère à Sainte-Marguerite-de-Cortonne. Elle avait peut-être décidé qu'elle ne pourrait plus vivre un aussi grand bonheur qu'avec son défunt mari ou qu'elle ne voulait plus vivre un aussi grand malheur, la légende ne le précise pas, tout ce que la légende dit, c'est qu'elle avait décidé de ne plus jamais se remarier. La grand-mère Paillé était restée jolie femme et son défunt mari lui avait laissé une somme d'argent assez conséquente. Plusieurs hommes, de Sainte-Marguerite-de-Cortonne, intéressés, eux, de se remarier ou de se marier tout simplement étaient allés faire leurs avances à la veuve Paillé. L'arrière-grand-mère avait dû inventer le « body slam » bien avant les lutteurs de la « lutte grand-prix » parce que l'histoire dit que plus d'un ont fait l'expérience de descendre la côte du presbytère tête première.

Le bonhomme Covion


On ne peut pas terminer les légendes de la famille à Tit-Dol sans parler du bonhomme Covion. Le bonhomme Covion, je crois bien, devait être le grand-père maternel de Joe Janvier. Le bonhomme Covion était considéré comme l'homme le plus entêté qui ait jamais existé sur la planète terre. La légende ne nous laisse pas d'anecdotes qui illustrent son entêtement . Tout ce que l'on sait, c'est qu'après plusieurs générations, bonhomme Covion était toujours un synonyme de « tête de cochon ». Quand on avait affaire un homme qui ne voulait pas entendre raison, on disait : Tiens, ça c'est le bonhomme Covion ». Quand deux hommes se disputaient, à bout d'arguments, un des deux, pour exprimer que l'autre se savait avoir tord mais ne voulait pas l'admettre, disait simplement « bonhomme Covion ». Et quand un descendant de cet homme à tête de cochon voulait à tout prix tenir son parti, on disait : « ça, c'est ben un Covion. »

Et c'est comme ça que je terminerais ce recueil des histoires, légendes et anecdotes de mon grand-père Tit-Dol.

 

Certaines personnes ne tiennent ni aux preuves de reconnaissances de leur vivant (comme Pierre Coriveau et la ceinture fléchée) ni aux traces laissées après leur mort (comme Joe qui ne voulait pas que le chemin porte son nom). Ce sont des gens simples qui ne veulent que prendre leur place en ce monde le temps d'une existence.
Tit-Dol était comme ça. Mais un homme qui raconte des histoires laisse toujours des traces.


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